Marie Dumora, réalisatrice du documentaire « La ligne bleue », s’est engagée dans une quête de mémoire pour des récits oubliés de la Seconde Guerre mondiale. Sorti le 16 septembre, ce film, tourné à l’intérieur même des Vosges, met en lumière les souvenirs profonds d’une région marquée par l’histoire du camp de Struthof.
Enfilant les ruelles de Natzviller et les abords du camp annexé par les forces allemandes pendant la guerre, la réalisatrice a recueilli des témoignages de personnes ayant vécu le pire. Des dizaines de milliers de Résistants, Juifs, Manouches et autres victimes originaires de plus de trente pays ont été déportés dans ce camp, où près d’une quarantaine de mille ont trouvé la mort entre mai 1941 et novembre 1944.
« Ce n’est pas un film historique », affirme Marie Dumora. « Je suis partie chercher des histoires personnelles, des souvenirs qui ne se racontent pas souvent. Le Struthof n’était pas un camp d’extermination, mais une zone où le travail a été utilisé pour épuiser les personnes. »
Dans ce paysage végétal et montagneux, l’histoire des survivants s’est inscrite dans les récits familiaux. Une route construite par les déportés pour éviter que les convois ne traversent le village reste aujourd’hui une preuve tangible de résistance. Les témoins, souvent entourés de leurs enfants, racontent des souvenirs marquants : des couleurs, des sons, des émotions intenses.
« L’objectif est de transmettre cette mémoire », explique la réalisatrice. « On a perdu des gens qui ne sont plus là, mais leur histoire doit vivre dans le paysage, dans les montagnes et dans nos esprits. »
Le documentaire, tourné à domicile en Vosges, s’inscrit dans une réflexion profonde sur l’héritage de la guerre et la nécessité de ne plus oublier. « La ligne bleue n’est pas seulement un paysage », conclut Marie Dumora. « C’est aussi un rappel des souffrances et de la dignité que les personnes ont gardées malgré tout. »