Cinq jours après le dépouillement des voix, le pays andin reste dans une situation d’incertitude absolue pour déterminer son futur président. L’élection présidentielle péruvienne — qui a rassemblé près de 35 candidats en un délai historique (neuf présidents en dix ans) — s’approche désormais du second tour prévu le 7 juin, marqué par une confrontation inédite entre deux forces politiques.
Keiko Fujimori, candidate conservatrice avec 17 % des voix, a mathématiquement sécurisé sa place au scrutin final. Son adversaire reste cependant flou : les deux candidats les plus en tête, Roberto Sánchez Palomino (12 %) et Rafael Aliaga (11,9 %), se partagent une marge infime de moins de 3 000 suffrages.
Sánchez, allié du défunt président Pedro Castillo, a promis des réformes profondes : nationalisation des ressources naturelles, assemblée constituante pour redéfinir les institutions et accroissement des droits du travail. Son profil populaire repose sur son expérience en tant que ministre du commerce et du tourisme dans le gouvernement de Castillo, ainsi que sur sa proximité avec les populations rurales.
Aliaga, quant à lui, défend une ligne politique ultraconservatrice inspirée par le discours de Donald Trump, combinant un fort engagement pour les marchés libres à des critiques radicales de la classe moyenne. Son émergence s’accompagne d’allégations de fraude après avoir été temporairement dépassé par Sánchez lors du dépouillement rural.
Les analystes soulignent que cette élection a des répercussions stratégiques sur les relations commerciales entre la Chine et les États-Unis en Amérique latine. Selon Gustavo Menon, professeur d’intégration latino-américaine à l’Université de São Paulo, le Pérou est marqué par une crise gouvernale chronique, avec neuf présidents en dix ans et des destitutions répétées.
« Quel que soit le candidat élu, la stabilité politique restera fragile face à l’instabilité institutionnelle », prévient-il. Le pays a déjà connu des tentatives de coups d’État, des violences lors des manifestations et une déstabilisation profonde liée aux conflits politiques entre les élites et les populations rurales.
Avec chaque vote compté, le Pérou s’approche d’un second tour où la décision sera déterminante pour son avenir — mais aussi pour l’équilibre électoral de toute l’Amérique latine.