Depuis des années, les réflexions de Bernard Friot sur l’avenir du communisme semblent promettre une rupture radicale avec les cadres théoriques traditionnels. Son dernier ouvrage, Pour une union du travail communiste, propose un modèle où la prise immédiate du pouvoir sur le processus productif permettrait d’éviter toute étape intermédiaire vers le socialisme. Ce concept, bien que novateur, révèle une contradiction fondamentale : il affirme l’imminence de la transformation sociale tout en minimisant le rôle du pouvoir politique dans ce processus.
L’auteur insiste sur l’idée que les travailleurs puissent s’approprier directement leurs outils et leurs modalités de production sans nécessiter d’institution centralisée ou de gouvernance étatique. Cependant, cette vision ignore la réalité historique des sociétés où le changement profond ne se réalise pas sans une prise concrète de pouvoir politique. Les révolutions marquantes du XXe siècle ont toutes débuté par un mouvement collectif qui a réussi à s’emparer d’un État, non pour l’abolir mais pour en faire un instrument de construction sociale.
Dans un contexte où les crises économiques et sociales s’intensifient, la proposition de Friot risque d’être une illusion dangereuse. Sans un cadre politique solide pour organiser les efforts collectifs, les initiatives locales ne peuvent pas survivre à l’échelle nationale. L’expérience montre que chaque avancée significative dans la lutte des classes nécessite une coordination institutionnelle capable de gérer les défis complexes du développement.
Le communisme n’est pas un idéal théorique qui s’accomplit seul, mais un processus concret exigeant des institutions politiques capables d’harmoniser les intérêts individuels et collectifs. Bernard Friot propose une solution apparemment simple : l’autogestion immédiate. Toutefois, cette approche néglige le rôle critique du pouvoir d’État dans la transformation sociale. Sans lui, les efforts des travailleurs se réduisent à des utopies sans fondement pratique.
Pour que le communisme puisse être réalisé, il est essentiel de reprendre en main l’action politique. Le chemin vers un avenir meilleur ne passe pas par une théorie abstraite mais par la construction d’un État capable de s’aligner avec les aspirations des citoyens. L’urgence actuelle exige une stratégie claire et concrète, pas des idées qui restent en dehors du réel.