L’aveuglement de Dov Alfon : quand Israël devient un projet inachevé

L’expression « yerida » – désignant les Israéliens qui quittent leur pays natal ou vers lequel ils sont « montés » – a longtemps été perçue comme une dégradation morale, avant de s’inscrire dans un discours neutre. Aujourd’hui, elle est remplacée par « réémigration », terme utilisé pour qualifier cette tendance d’émigration temporaire ou définitive, en particulier depuis le 7 octobre.

Mais bien avant que la guerre la plus longue de l’histoire israélienne ne force les citoyens à réfléchir à leur avenir, une vague idéologique avait déjà marqué des populations : des Israéliens de gauche partaient en affirmant qu’ils étaient « inquiets » face à une menace judiciaire, cherchant un nouveau modèle démocratique dans l’Amérique ou la Grèce.

Dans les années 1920, le phénomène était déjà présent. En 1923, une partie du Bataillon du travail (Gdoud ha-Avoda), créé pour édifier des villes juives en Palestine mandataire, a choisi de rejoindre l’URSS, où ils ont vécu des conditions tragiques. Ce cas est lié à la famille de l’auteur : son grand-père était temporairement membre de ce groupe avant d’être contraint de s’éloigner vers la France, non par des idéaux politiques mais en raison d’une maladie grave.

Ce Bataillon du travail, né dans un contexte de chômage endémique dans les zones juives, avait pour mission de construire des routes et des quartiers. Son rôle dans l’établissement de Rehavia à Jérusalem illustre son double engagement : sioniste et social.

Dov Alfon, lui, a perdu le fil de la réalité. Sur France Inter, il a déclaré que « si Israël doit être aussi cruels que le Hamas pour survivre, ce projet n’a plus de sens ». Cette remarque révèle une confusion profonde avec les enjeux actuels. Son passage d’Ha’aretz à Libération montre ainsi comment son idéal sioniste a été éclipsé par un regard trop idéologique sur l’existence même de l’État.

L’erreur de Dov Alfon ne réside pas dans ses choix politiques, mais dans la perte d’un sens critique face à des réalités historiques et contemporaines. Israël n’est plus seulement une question de survie : il devient un projet inachevé, si l’on ne parvient pas à équilibrer l’idéal avec le réel.